Saint Gaultier

La Fête des Possibles comme accélérateur de la création d'un nouveau collectif citoyen

💬 VOIR TOUS LES TÉMOIGNAGES | VOIR TOUTES LES RESSOURCES 📚

Saint Gaultier

Temps de lecture : 7 min

Réunies pour confectionner des masques à l’occasion du premier confinement, des habitantes de Saint-Gaultier, dans l’Indre, ont eu envie d’aller plus loin et ont créé un collectif sur la thématique Zéro Déchet.
De fil en aiguille, et en se faisant aider par le collectif Indre en Transition, elles se sont retrouvées à organiser un évènement à l’occasion de la Fête des Possibles 2020 : un stand sur le marché de la commune pour échanger sur le Zéro Déchet, suivi d’un apéro musical pour approfondir le sujet. Résilientes et motivées, elles proposent depuis différentes actions pour mobiliser les citoyen·nes et envisagent de se monter en association.

Marie-Yvonne, qui compte parmi les investigatrices du projet, nous raconte !

Informations

  • Format : stand sur un marché suivi d’un apéro Zéro Déchet en musique
  • Organisateur : collectif en construction qui a utilisé la Fête des Possibles pour tester des actions

Ce qu’on retient

  • Aller à la rencontre des gens est un bon moyen pour recruter
  • Pour que les gens s’approprient les actions, il faut les co-construire, permettre aux gens de donner leurs idées et se donner les moyens de les réaliser
  • Ne pas aller plus vite que la musique : il faut voir ce qui intéresse les personnes du collectif, et faire des actions en fonction

Est-ce que vous pouvez vous présenter, et me parler de votre collectif et de comment est née l’idée de faire une Fête des Possibles à Saint-Gaultier ?

Saint-Gaultier est un village de 1800 habitant·es. Au printemps, il y a eu spontanément un évènement pour confectionner ensemble des masques, cela a créé une émulation. Dans un village de 1800 habitant·es, tout le monde se connaît, sans forcément se fréquenter. En participant à cet atelier, les gens se sont rendu compte qu’ils avaient passé un bon moment. Quelque chose de positif s’est créé et s’est vécu pendant ces moments, qui a amené à la création d’un début de collectif. 
 —
A l’approche de la Fête des Possibles, je me suis dit que c’était peut-être un moyen de raccrocher encore un peu plus les wagons, de faire équipe, j’ai proposé d’organiser un rendez-vous sur la thématique Zéro Déchet qui a bien pris. Parmi la trentaine de personnes impliquées dans la confection des masques, cinq d’entre elles ont été intéressées par l’idée de la Fête des Possibles. 
En premier lieu, on s’est posé la question de la manière dont on pouvait intéresser un plus grand nombre de personnes au sujet de la transition. On s’est dit qu’on devait aller à la rencontre des gens. Le mieux dans un village, c’est d’aller sur le marché.
On a donc mis un stand sur le marché un vendredi matin de septembre, pendant la semaine de la Fête des Possibles. Sur le stand, on montrait tout ce qu’on pouvait faire pour éviter de créer des déchets. On a donné plein d’exemples, ce qui a beaucoup intéressé. L’idée était de favoriser l’échange d’expériences, ce qui a plutôt bien fonctionné ! 
 —
On a convié toutes les personnes qui se sont arrêtées pour un apéro Zéro Déchet en musique le lendemain sur un terrain en bord de la rivière de la Creuse. Le but était de continuer les discussions entamées sur le stand.
A l’occasion de cet apéro, on a pu remontrer ce qu’on pouvait faire en Zéro Déchet, de ce qu’on peut faire chez nous, et se poser la question de ce qu’il manque dans l’espace public pour que ce soit propre et respectueux de l’environnement.
 —
Sur le stand et à l’apéro Zéro Déchet, on a récolté les contacts des personnes intéressées pour pouvoir les convier à nos prochaines réunions par la suite. Aux réunions qui ont suivi ces deux rendez-vous Fête des Possibles, nous étions une trentaine en moyenne.
 —
Une personne du collectif travaille à la Fédération des Œuvres Laïques et a pu nous apporter des conseils en matière d’animation de réunions. Parce-que ce n’est pas facile pour des non-initiés de prendre la parole et d’échanger des idées.
 —
Ces réunions nous on permis de récolter beaucoup d’idées d’actions qu’on devait concrétiser. Nous avions prévu une action de ramassage de déchets sur Saint-Gaultier en novembre, mais le confinement nous a forcé à annuler.
Nous n’avons pas voulu en rester là, alors on a imaginé un format dans lequel chacun était invité à choisir une heure, à se munir d’un sac poubelle et de parcourir le kilomètre autorisé en y ramassant les déchets. Pour communiquer sur l’action, on a proposé aux participant·es de photographier et de peser les déchets. On a publié ces photos sur notre site et sur notre page Facebook. On a récolté plus de 100 kg de déchets, avec une vingtaine de familles, ce qui représente une quarantaine de personnes. Elles se sont mobilisées sans avoir un rendez-vous fixe. J’ai trouvé ça super. On a pas eu besoin de prendre la main des gens, ils se sont eux-mêmes motivés, pour prendre les photos, peser… 
 —
Au mois de décembre, on a proposé le Noël Zéro Déchet. On a mobilisé les participant·es sur les thématiques décorations Zéro Déchet, cadeaux et les empaquetages et repas. 
Le fil conducteur de nos actions c’est le Zéro déchet, mais surtout de faire du lien, que les gens échangent sur les idées, et ne s’arrêtent plus… Tout ça est parti de la Fête des Possibles au mois de septembre. Voilà notre petite expérience !

Aujourd’hui de combien de personnes est composé votre collectif ?

On est quatre à cinq dans le noyau dur, à se revoir entre les réunions. On se partage les tâches, il y a des personnes qui sont plus à l’aise pour gérer la page Facebook, d’autres pour rédiger les compte-rendus, d’autres pour faire le lien avec les écoles et la mairie. On a un groupe Whatsapp pour communiquer, sur lequel on s’échange les infos. 
 —
Mais on souhaite travailler avec tout le monde. Par exemple sur le ramassage des déchets, on a fait des constatations de zones où il y a eu le plus de papiers, de mégots et des décharges sauvages. On va aller voir la mairie avec ça. A certains endroits il y a des mégots parce-qu’il n’y a pas de cendriers, il y a des endroits sans poubelles. On souhaite leur poser la question de comment on peut agir ensemble ? Est-ce qu’on met les commerçant·es dans le coup ? 
 —
Du fait qu’on ne soit pas une association mais un collectif, ce n’est pas toujours facile de travailler avec la mairie notamment. Quand on a demandé la place sur le marché au nom du collectif, la mairie n’a pas accepté. Je pense que beaucoup de collectifs ont le même soucis. Il a fallu qu’on aille chercher une autre association amie pour faire la demande. Ça ne peut pas durer, je pense qu’on va s’acheminer vers une association, pour qu’on puisse avoir le droit de faire des choses, et avoir aussi une meilleure visibilité. 

Où en est la création de cette association ?

Au départ on n’était pas d’accord, on voulait rester un collectif pour que ce soit plus accessible à tout le monde, plus large…
On s’est donné jusqu’au mois de janvier ou février pour mettre en route des actions, pour réfléchir, et pas lancer une association sans réfléchir à ce qu’on y met. 

Pour revenir sur le noyau dur du collectif, comment est-ce que vous vous organisez ?

Dans l’association qu’on veut créer, on souhaite mettre en place une gouvernance horizontale. On veut que l’association soit un laboratoire de l’exercice démocratique. 
On a aussi l’idée de monter un tiers lieu, où les personnes pourront venir pour donner des idées et les mettre en œuvre. On aura besoin d’un lieu physique pour accueillir ce tiers lieu, et comme nous sommes déjà toutes très occupées, on embauchera peut-être quelqu’un qui pourra faire vivre ce tiers lieu. Ça pourrait se faire avec des fonds de la CAF. C’est un sujet qu’on abordera bientôt en réunion. 

De quoi auriez-vous pu avoir besoin en plus ces derniers mois pour vous aider à lancer la dynamique ?

L’isolement en milieu rural est quelque chose de difficile à vivre parfois.
On a ces idées, mais on se questionne sur ce qui est réalisable chez nous… Ce qui serait intéressant ce serait de travailler en réseau avec d’autres initiatives similaires. Un réseau sur tout ce qui émerge, ça permettrait d’échanger sur des idées, d’échanger sur des réflexions, de se motiver.
En ville il y a plein d’associations, ça bouillonne… Dans le milieu rural il faut faire quelques kilomètres pour rejoindre les autres. Un tel réseau pourrait permettre de rompre l’isolement de certain·es. C’est important de se sentir rattaché·e à quelque chose d’existant, de voir que d’autres réfléchissent aux mêmes choses.

Qu’est-ce qui vous a poussé à inscrire votre évènement dans la Fête des Possibles ?

Le fait de nous rattacher à un festival national, ça nous a donné du poids et de la légitimité. A l’instar de notre rattachement au collectif Indre en Transition, l’équipe de Châteauroux.

Quel conseils donneriez-vous aux personnes qui se lancent dans des initiatives comme la vôtre ?

Déjà il faut y croire. Et puis il faut être à l’écoute des gens avec qui on veut travailler.
Ne pas aller plus vite qu’ils ne peuvent aller. Ne pas imposer un projet même s’il est très beau. L’important c’est d’abord de créer du lien si on veut créer un projet. Si les gens ne suivent pas, ça ne va pas marcher, il faut regarder ce qui dans la vie des gens peut les intéresser.