Indre en Transition

Un collectif d'associations et de citoyens pour un Village des Possibles bien rodé

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Indre en Transition

Temps de lecture : 10 min

Lors d’un apéro entre ami·es en 2014 pas loin de Châteauroux, l’idée d’un forum ouvert pour fédérer les alternatives dans le département de l’Indre germe.
80 personnes se réunissent pendant le temps d’un weekend et discutent de thématiques d’actions comme les déplacements, les déchets, le jardin, la rue de la gratuité…  Naît alors le Collectif Indre en Transition.
C’est ce collectif toujours resté informel qui organise à un niveau départemental la Fête des Possibles. Dans l’Indre, le rendez-vous principal est un Village des Possibles qui a lieu sur un weekend, avec d’autres rendez-vous de moindre envergure qui ont lieu à divers endroits du département pendant les deux semaines que dure la Fête des Possibles. 
Céline et Marthe nous parlent de ce collectif dont elles font parties, et de la Fête des Possibles qui est organisée tous les ans.

Informations

  • Format : village des possibles avec des rendez-vous satellites
  • Organisateur : collectif informel d’associations et de citoyen·nes

Ce qu’on retient

  • Il ne faut pas se surcharger, mais faire des actions en fonction des énergies disponibles
  • Il faut bien se répartir les tâches, et savoir faire confiance aux personnes qui prennent en charge les différentes parties de l’organisation
  • Un collectif informel convient tout à fait pour organiser un événement, ça permet de ne pas perdre de temps avec les formalités liées à la structure associative (AG…) et une grande souplesse
  • Montrer qu’il se passe des choses a un effet boule de neige : ça motive les personnes qui doutent à se lancer, parce qu’elles se sentent entourées et intégrées dans un mouvement
  • Proposer un cadre permet aux motivé·es de s’impliquer : des réunions ouvertes aux novices, un Village des Possibles où chacun·e peut proposer un stand, un agenda participatif où chacun·e peut inscrire son évènement…
  • La Fête des Possibles fonctionne comme un incubateur pour les nouvelles idées sur le territoire : une Vélorution a débouché sur la création d’une association, les organisatrices d’une action Zéro Déchets dans un village se sont formalisées en collectif…

Comment est née l’idée de faire une première Fête des Possibles ?

Céline : Le Collectif Indre en Transition a été créé en 2014.
Un forum ouvert avait été organisé où plus de 80 personnes se sont réunies, il y a eu des discussions, des ateliers, des échanges… Le forum a permis la formation du collectif Indre en Transition ainsi que l’émergence de différentes actions de mobilisation autour de la mobilité, des déchets, des monnaies locales, des jardins partagés, etc…
Une des actions était de participer aux journées de la Transition Citoyenne, l’ancien nom de la Fête des Possibles. Ce rendez-vous annuel, c’est pour nous l’occasion de tous se retrouver et se regrouper quelque soit le domaine dans lequel on œuvre.
C’est un temps fort de l’année où associations et citoyen·nes viennent parler et partager les idées qui existent sur le département autour de la transition citoyenne. On y parle de démocratie, d’économie, d’énergie etc.
Notre première participation date de 2015, et tous les ans depuis. Au départ c’était très centré sur Châteauroux. Petit à petit ça s’est étendu, et cette année ça a touché cinq secteurs du département.

Le forum qui a eu lieu en 2014, comment a-t-il été initié ?

Céline : C’est parti de quelques personnes qui étaient membres du collectif Incroyables Comestibles, qui ont eu l’envie de faire quelque chose, de regrouper les gens, de mobiliser.  Après 3 mois d’organisation, le forum avait lieu et réunissait près de 80 personnes.
A l’époque sur le département il y avait déjà des associations existantes, Incroyables Comestibles et Artisans du Monde par exemple.
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Marthe : C’est une de nos problématiques : tous les gens qui sont dans le collectif Indre en Transition, et qui participent donc à l’organisation de la Fête des Possibles sont déjà dans d’autres associations. Or notre temps est limité.
Quand on est déjà dans une association de vélo et dans l’association de la monnaie locale, se rajouter en plus les réunions de la Fête des Possibles ça peut être un peu compliqué.
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Céline : Il y a un noyau qui se mobilise, et maintenant avec l’expérience, comme ça fait plusieurs années qu’on organise la Fête des Possibles, il y a des choses qui sont plus simples. Et chaque année il y a quelques personnes nouvelles qui proposent de nouvelles idées. On se fixe comme limite ce qu’on se sent capable de faire.
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Marthe : Il y a toujours des nouvelles idées, de nouveaux stands etcétéra…
La Fête des Possibles, on sait maintenant tous ce que c’est, c’est bien rodé. Mais il y aussi toujours des propositions plus complexes comme par exemple d’aller parler à des élus… Mais ça ne se concrétise pas, parce-que l’organisation de la Fête des Possibles, la synchronisation avec les autres évènements dans le départements, ça demande beaucoup de temps. Pour qu’une nouvelle idée se concrétise, il faut qu’elle soit prise en charge par le porteur de l’idée ou d’autres volontaires.
Une nouveauté cette année c’est une projection au cinéma de Buzançais, ce qui n’avait encore jamais été fait, et qui a été organisé par deux personnes, et non pas l’intégralité du collectif.
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Céline : Ce qui a également été évoqué cette année, c’est d’avoir d’autres temps forts dans l’année pour pouvoir organiser tous les projets qui ne peuvent pas avoir lieu en septembre. 

Cette année vous étiez combien dans le noyau dur des organisateurs·trices ?

Marthe : Il y a au moins une quinzaine de personnes à chaque réunions du collectif, pour faire les demandes à la préfecture, les réservations des salles, etc… Et il y a environ 25 personnes responsables de stands.
Céline : Le jour J, il y a plus de personnes qui viennent aider. Par exemple pour une même association, il n’y a qu’une personne qui participe aux réunions en amont de l’évènement, mais en réalité ils sont plusieurs dans l’asso à être mobilisé sur la Fête. On dénombre une bonne quinzaine d’association du territoire qui s’implique réellement dans l’organisation de la Fête.
Marthe : Il y a quinze stands environ. Il y a des stands qui sont tenus par des associations, mais une personne peut aussi tenir un stand. 

Quels sont vos rôles à vous deux dans l’organisation de la Fête ?

Céline : Je m’occupe de la page internet, de la page Facebook et de la boite mail. Je suis aussi là pour faire passer les infos entre les membres du collectif, coordonner, envoyer les compte-rendus de réunions, et cette année j’ai proposé des visuels sur l’histoire du collectif (les affiches pour le fête ont été faites par une autre personne)….
Chacun est référent du stand qu’il va animer. Moi cette année j’étais sur un stand qu’on a appelé « Témoignages et convivialités ». Avec les trois personnes qui ont animé ce stand on était responsable d’organiser son programme et sa logistique.
Marthe : Je suis nouvelle en comparaison, donc au tout début, j’ai proposé un stand, et comme j’allais à toutes les réunions, ça m’a permis de participer aux décisions sur l’évènement, sur le collectif… Je fais des petites choses pour le collectif, mais ce qui me tient à cœur c’est de tenir un stand. L’an dernier c’était le stand « Démocratie », cette année c’était le stand « Bibliothèque féministe ». 

Comment vous organisez-vous dans votre collectif, notamment en ce qui concerne les prises de décision ? Avez-vous des habitudes ?

Céline : La gouvernance, c’est ce qui est le plus difficile dans notre collectif. On n’a pas de statuts, donc on ne sait jamais vraiment qui fait partie du collectif. Ce ne sont pas les mêmes personnes qui reviennent d’une année sur l’autre même s’il y a un noyau dur qui reste. 
Pour la Fête des Possibles, les décisions se prennent pendant les réunions en plénière avec les personnes présentes. Entre les réunions, il y a des mails qui circulent pour partager les décisions. On essaie de trouver un consensus pour que ça convienne au plus grand nombre. 
Les décisions de dernières minutes c’est plus compliqué. Cette année, par exemple, entre le mauvais temps et la Covid, on se demandait si on maintenait l’action ou pas. D’un côté on craignait de ne voir personne et de l’autre on trouvait cela dommage de tout arrêter au dernier moment. Ce qui a été le plus compliqué finalement, c’est qu’on a du prendre cette décision par mail, sans possibilité de se voir physiquement pour en discuter.

C’est un choix délibéré de rester un collectif sans forme juridique?

Céline : Oui ça a été discuté plusieurs fois depuis que je suis dans le collectif, chaque année la discussion revient mais il n’y a jamais eu consensus pour devenir une association. On s’appuie sur les associations membres du collectif pour les questions de budgets, de réservations de salles, d’assurances… Au vu des actions qu’on mène au nom de Indre en Transition c’est suffisant. Les autres actions plus régulières sont portées par les associations du collectif. Indre en Transition sert de relai, et on ne veut pas faire doublon. 
Ce qui pèse c’est notre gouvernance. Ce n’est pas parce-qu’on est un collectif qu’on ne devrait pas trouver un moyen de répartir les tâches et de prendre les décisions plus efficacement. Ça ça reste encore un peu difficile je trouve. 

Justement, les difficultés liées au Covid et au mauvais temps aussi pour vous, comment vous avez géré ?

Céline : Il y a des actions qu’on a annulées. Par exemple on a une buvette associative qui vient chaque année et qu’on place au milieu du village associatif et qui permet de faire un lieu convivial, c’est chaleureux, c’est important dans le projet. Cette année ils n’ont pas eu le droit de venir, ils n’ont pas eu l’autorisation de la préfecture et de la mairie, alors que tous les bars autour de la place étaient ouverts. Donc on était un peu remonté. Et à l’espace convivialité par exemple on propose chaque année des gâteaux, ça non plus c’était pas envisageable que tout le monde pioche dans le même plat. Les jeux pour les enfants c’est pareil. 
La contrainte supplémentaire ça a été de remplir tout un document pour la préfecture pour obtenir l’autorisation en expliquant tout ce qu’on pouvait proposer comme gestes barrières, le masque, le sens de circulation… Toutes ces questions là se sont rajoutées dans nos échanges. Globalement on a décidé d’appliquer toutes les règles que la mairie a mis en place pour le marché.
Marthe : Il y a aussi le fait qu’il y a eu moins de monde que d’habitude, c’était pas très motivant.
Céline : C’est la première année que je vois la Fête avec aussi peu d’interactions et d’échanges. Les actions organisées en amont du village des possibles ont permis plus d’interactions, notamment les actions Zéro Déchets à Argenton et à Saint-Gauthier. Cela a même abouti à la création d’un collectif autour de Saint-Gauthier qui depuis met en place des actions.
Marthe : Ce qui est important de rajouter aussi c’est qu’Indre en transition et la Fête des possibles agissent comme une vitrine qui permet aux habitants de l’Indre de savoir qu’ils peuvent s’appuyer sur un collectif et ça facilite leur participation.
Céline : Il y a d’autres années qui ont vu naître des collectifs. A Châteauroux on a fait une Vélorution en 2017, c’était la première, et dans la foulée des habitants de Châteauroux ont créé l’association (https://frama.link/KE7L3QST) qui propose un atelier de réparation de vélo, qui fait du lobbying auprès de la mairie pour l’aménagement des voies cyclables… C’est un exemple d’association qui a pu se tester et se monter à l’occasion de la Fête des Possibles.
Marthe : Je pense aussi qu’il y a des citoyens, des jeunes et des gens plus âgées qui ne sont pas dans une association mais qui vont dans toutes les réunions du collectif, parce-que c’est comme ça qu’elles veulent s’impliquer dans la transition. Elle ne créent pas quelques chose mais elles participent.
Céline : Oui il y a déjà un cadre, et ça permet de proposer les idées. C’est plus facile que s’il fallait tout créer. Tous les ans il y a des gens qui arrivent avec des idées, et la Fête des Possibles c’est l’occasion de tester, de lancer l’idée, et de voir si c’est bien adapté. 

Qu’est-ce qui fait que vous inscrivez votre évènement dans l’identité de la Fête des Possibles ?

Céline : L’identité de la « Fête des Possibles » permet de mobiliser les personnes sensibilisées aux enjeux sociaux et écologiques, mais aussi des personnes qui ne se sentent pas concernées, ou qui n’ont pas entendu parler de ces problématiques… La Fête des Possibles leur permet de voir comment on peut faire autrement sur tout un tas de sujets.
En parallèle il faut des actions plus militantes. Au sein du collectif, chaque année on a des personne qui nous disent qu’il faut qu’on aille plus loin, qu’il faut s’adresser aux élus, monter des projets dans la durée… Les deux ne sont pas incompatibles, mais la Fête des Possibles, l’idée c’est de rassembler, et pour rassembler il ne faut pas proposer des actions trop radicales. Pour la Fête, nous choisissons plutôt des actions de présentation, de partage, de discussion plutôt qu’un blocage ou une action plus militante.
Marthe : Le collectif est un lieu d’échange qui permet de se rencontrer. 

Est-ce que vous avez un conseil à donner à d’autres collectifs qui voudraient organiser un grand événement ou une toute petite Fête des Possibles ?

Marthe : Ne pas s’éparpiller. C’est ça qui m’a épuisé. Je me suis dit à un moment on ne va jamais y arriver. Il faut que chacun réfléchisse à ce qu’il est prêt à donner comme énergie. Se concentrer sur ce qu’on est capable de faire.
Céline : Ce serait de se rapprocher d’un groupe ou d’un collectif, de créer et de monter un premier projet en fonction des énergies qui sont disponibles dans ce groupe. Ne pas se lancer dans quelque chose de trop grand. La Fête des Possible ce n’est pas forcément un village associatif. Ça peut-être un petit projet qui créé du lien, puis de faire grandir le collectif, puis de se lancer dans un truc plus grand. Mais il faut d’abord prendre soin du collectif. Il faut apprendre à travailler ensemble. Moi ça fait 5 ans que je suis dans le collectif, les deux premières années je me suis dit c’est pas possible, ça part dans tous les sens, et maintenant je trouve que les choses se font de manière plus fluide. Prendre soin du groupe pour faire un beau projet.